CHAPITRE 1
N'avez-vous jamais eu cette étrange et inexplicable envie de raconter votre vie à de parfaits inconnus? Non? Eh bien moi, oui. On dit que l'écriture est une sorte de thérapie. La mienne risque d'être particulièrement longue.
Je vous passe l'étape des présentations car, si vous lisez mon histoire, vous en saurez assez sur moi pour me connaitre quasiment par cœur.
Ici donc, vous trouverez des ébauches de ma vie...
***
Je me suis enfin décidée à m'octroyer une année sabbatique. Ma décision est prise. Le système scolaire me fatigue. Et je veux profiter de mes 21 ans, travailler, partir en voyage... que sais-je! En bref, je veux surtout arrêter les cours pour reprendre un peu plus tard, avec plus d'enthousiasme et de cordes à mon arc. Ce dimanche après midi, je flâne dans les rues parisiennes telle une touriste perdue. Oui, perdue je le suis... égarée, à la recherche du je-ne-sais-quoi, ce petit quelque chose qui fera toute la différence.
Loin dans mes pensée, je remarque à peine le môme qui court vers moi comme un malade. Un cri me fait sursauter et je sors enfin de mes pensées. À ce même moment, l'enfant, un petit blondinet aux joues toutes roses, me heurte de plein fouet (je vacille à peine), mais lui s'étale comme une crêpe sur le sol enneigé. Je mets quelques secondes à réagir mais finis par m'accroupir pour l'aider à se relever.
-Ça va petit?
Pas de réponse si ce n'est un regard un peu affolé.
-Tout va bien? Tu n'as pas mal?
Il fait une drôle de mou et me fixe avec ses grands yeux chocolat.
-Non, j'ai rien Madame.
-Zaaaack, crie une voix derrière mon dos.
Je fais volte-face et une silhouette court dans ma direction, la chevelure bataillant contre le vent. Tiens! Il est blond lui aussi. Ce doit être le père du petit « Zack »
Je jette un regard à l'enfant dont le regard s'illumine. Oui, c'est bien son père. Pas de doutes.
Quand l'homme arrive à notre hauteur, à peine essoufflé, il saisit, sans douceur, le bras de son ''fils'', se penche et s'écrit:
-Combien de fois devrais-je te le répéter, Zack, bon sang? Tu ne dois pas courir comme ça dans la rue! Surtout à proximité d'une route!
Le petit bonhomme baisse les yeux, les lèvres tremblantes.
-Et si une voiture te percutait, hein?
Je vois des larmes perler aux longs cils de l'enfant. Attendrie, j'interviens bien malgré moi en me relevant.
-Je pense qu'il a compris la leçon. Vous devriez peut-être vérifier qu'il n'est pas blessé, nan?
-Occupez-vous de vos affaires voulez-vous!
Outrée, j'ouvre des grands yeux et prépare une remarque cinglante.
Heureusement, le grand homme m'interrompt.
-Veuillez m'excuser, mademoiselle.
Il baisse ses yeux azurs vers moi et semble me ''voir'' pour la première fois. Son regard, trop insistant à mon goût, me scrute des pieds à la tête durant quelque secondes me semblant interminables. Cet ''examen'' me rappelle que je ne ressemble pas à grand chose avec mon pantalon slim et mon long sweat XL. J'aime être... à l'aise pour me balader.
-Il me fait toujours des frayeurs ce garnement, ajoute-t-il en détournant le regard. Je me suis défoulé sur vous... je n'aurais pas du.
-Ce n'est rien. (j'abaisse les yeux vers Zack, l'air faussement sévère) Et toi petit, écoute ton père, ok?
Le jeune garçon fronce les sourcils et me fixe avec air de défi, une expression typiquement enfantine.
-Chui pas petit. J'ai 5 ons! (traduction: Je ne suis pas petit. J'ai cinq ans!)
Ses yeux sont encore emplis de larmes.
J'éclate de rire.
-C'est bien ce que je dis. T'es un petit garçon.
Il fronce dangereusement les sourcils et je me retiens d'exploser à nouveau de rire.
-Ok! Ok! Grand bonhomme, écoutes quand même ton papa, ok?
La ride sur son visage ne disparaît pas pour autant. Ah les gosses, je vous jure!
Le père, me lance une œillade amusée.
-Tu entends la Madame? Elle punit les méchants garçons qui n'obéissent pas.
-Hé, m'écrié-je
Je m'approche du père comme sur le ton de la confidence.
-Je ne voudrais tout de même pas qu'il me prenne pour une méchante Madame.
-Trop tard, fait-il en s'approchant encore de moi, son visage un peu trop près du mien.
Malgré le froid, je sens sa chaleur m'envelopper. Troublée, je recule d'un pas.
L'homme cache un étrange sourire. Je l'observe plus attentivement. Il est habillé simplement et ne me semble pas être le genre de mec à avoir un fils. C'est bizarre... Enfin, en même temps, c'est débile ce que je vous dis car il n'existe pas de ''modèle'' du papa parfait...
Le grand homme blond me tend la main.
-Moi, c'est Alexander mais tout le monde m'appelle Alex.
La poignée de main qu'on échange est étrange... comme pleine de promesses... mais j'ai en même temps un mauvais pressentiment. La chaleur de sa peau diffuse à travers la mienne, complétement glacée, et j'en ressens immédiatement une sensation de bien être absolue.
-A... Alexia.
-Enchanté, Alexia.
-De même.
Je dois avouer que cet Alexander me trouble. Je n'arrive pas à mettre un âge sur son visage, certes pas parfait (personne ne l'est), mais d'une virilité et d'un charme affolant.
-Eh bien, bonne journée, Alex. A toi aussi, Zack!
Le petit répond poliment. Je pense que je lui fais peur avec ma peau chocolat, et ma grande taille. Sans oublier mes frisettes sombres et sauvages sur le haut de mon crâne u_u. J'ai à peine pris le temps de tirer ma longue crinière en arrière et d'attacher la masse en une queue de cheval qui n'en porte hélas que le nom.
-Bonne journée, mademoiselle.
Hmm.. je case cet Alexander dans la catégorie ''charmeur naturel''. Il doit être ainsi avec toutes les femmes... et aussi les faire craquer une par une.
Je fais volte-face et trace mon chemin, m'efforçant de garder la démarche la plus naturelle possible. Ce n'est pas une mince affaire avec cette désagréable sensation d'être scrutée u_u
Je bosse dans une sandwicherie. Il faut bien manger, boire et aller aux chiottes, n'est-ce pas? Pour tout ça, j'ai besoin d'argent!
Je partage un apart' en colocation près de Paris, avec Léa, une super amie pour ne pas dire meilleure amie. Ce logement est une affaire en or pour le prix auquel nous le payons! La voiture nous est quasi-indispensables par contre, mais ça ne pose pas de problèmes car nous avons toutes deux notre permis.
Je m'adonne aux différentes tâches avec peu d'enthousiasme, souriant avec une joie feinte à chaque client, poussant ma patience à bout avec certain, grinçant des dents avec d'autres.
-Saluuut toi!
Je remonte la tête. Une petite femme toute ronde à la peau couleur café au lait me sourit à pleines dents. C'est Mélissa, un ange, une autre bonne amie à moi. Elle est accompagnée de son copain, de deux ans son cadet. Il est complètement fou amoureux d'elle. Mais je doute que cet amour soit partagé. Du moins, pas avec la même intensité.
-Salut! Comment allez-vous?
-Super, ma chérie, répond Mèl'. J'ai une faim de loup. Qu'est-ce que tu nous proposes?
-Ahah, c'est pas un resto ici.
-Je te taquine.
Ils prennent commande, me souhaitent bon courage et s'éclipsent en amoureux avec leur menu à emporter.
Un sourire encore sur les lèvres, je fredonne une petite mélodie de je ne sais quelle musique, et souhaite la bienvenue au nouveau client. Le regard de ce dernier fige mon sourire. C'est un asiatique aux cheveux mi-longs et détachés, cascadant sur sa nuque comme un doux voile de soie. J'ai toujours admiré cette chevelure lisse et noire comme une nuit sans étoile. Il fronce les sourcils face à mon inertie. Moi, je me noie dans ces deux grands yeux bridés qui me scrute avec un petit air légèrement agacé.
-...au poulet?
-Pardon, dis-je, un peu honteuse.
-Reste-t-il des sandwichs au poulet?
-Oui... oui, bien sur.
L'asiat' paie sa commande, pars s'asseoir à une table dans un coin de la petite salle, près de la fenêtre, puis entame, seul, son sandwich au poulet. Je ne peux m'empêcher d'avoir un peu pitié de lui.
Après avoir fini, il boit quelques gorgées de cola, puis s'en va comme un coup de vent, le reste de sa boisson à la main.
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